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	<title>Rama Yade &#187; Liberté d&#8217;expression</title>
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		<title>Marseille</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Dec 2008 08:58:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dpa</dc:creator>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
		<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>
		<category><![CDATA[Tour de France des droits de l'Homme]]></category>

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		<description><![CDATA[[ 11 décembre 2008; ] En janvier 2007, le rédacteur en chef du journal truco-arménien Argos, Hrant DINK, a été abattu, devant le siège de son journal, par un nationaliste turc. Depuis lors, sa veuve, Rakel DINK, ne cesse de se battre pour défendre la liberté d'expression, et le droit des journalistes à exercer, sans craindre pour leur vie, le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En janvier 2007, le rédacteur en chef du journal truco-arménien Argos, Hrant DINK, a été abattu, devant le siège de son journal, par un nationaliste turc. Depuis lors, sa veuve, Rakel DINK, ne cesse de se battre pour défendre la liberté d&#8217;expression, et le droit des journalistes à exercer, sans craindre pour leur vie, le métier qu&#8217;ils ont choisi.</p>
<p>Lors de mon déplacement à Marseille, j&#8217;ai eu l&#8217;occasion de rencontrer cette femme courageuse, pour un entretien avant la conférence que je venais donner devant les membres du CRIF.</p>
<p>Son courage, son action essentielle en faveur de la liberté de la presse, m&#8217;ont fait forte impression. Cette femme qui a perdu celui qui partageait sa vie, a transformé sa douleur en une incroyable énergie, en une force remarquable, pour que l&#8217;effroyable sort réservé à Hrank ne se reproduise plus. Combat de longue haleine, bataille incessante, mais qui doit être menée pour que la liberté de la presse, la liberté d&#8217;expression, l&#8217;un des droits les plus fondamentaux qui soit, défendu inlassablement, partout dans le monde.</p>
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		<title>Tradition et modernité : entre ouverture et fondamentalisme</title>
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		<pubDate>Mon, 13 Oct 2008 17:02:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Monde]]></category>
		<category><![CDATA[Tribunes et discours]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>

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		<description><![CDATA[Monsieur le Président, Monsieur le Directeur, Mesdames et Messieurs,

D'abord un grand merci de m'avoir invitée à m'exprimer dans le cadre du Forum 2000. Ce forum, Monsieur le Président,  vous l'avez créé avec Elie Wiesel en 1997. Vous lui avez fixé comme ambition d'identifier les principaux défis auxquels la société internationale est confrontée et d'explorer les moyens à notre disposition pour éviter les conflits à composante religieuse, culturelle ou ethnique. Le thème général de cette édition 2008 est : ''tradition et modernité : entre ouverture et fondamentalisme au 21ème siècle''.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Et notre panel est invité à évoquer la thématique : « Fois et fanatisme ».</p>
<p>Je présuppose que la question qui nous est posée répond à une inquiétude présente : le retour du fanatisme, et principalement le retour du fanatisme religieux, et, pourquoi ne pas le dire franchement, du fanatisme islamiste, malgré le pluriel que les organisateurs ont mis au mot foi, après, j&#8217;imagine, de longues discussions internes, guidés, je n&#8217;en doute pas, par le souci de ne pas stigmatiser une religion en particulier.</p>
<p>Nous nous trouvons ici dans la patrie de Jean Hus, et sa mémoire nous invite à avoir le courage de nos opinions : en Europe, nous ne risquons plus le bûcher pour des opinions considérées comme déviantes.</p>
<p>Pour ma part, je considère que le fanatisme n&#8217;a jamais cessé d&#8217;ensanglanter le monde. Si, dans son étymologie, le fanatisme renvoie au religieux, ce qui le provoque, le nourrit et l&#8217;exalte, n&#8217;est pas toujours nécessairement lié à une foi religieuse.</p>
<p>Car qu&#8217;est-ce que le fanatisme sinon le rassemblement d&#8217;hommes autour d&#8217;une idole, ou d&#8217;une idée divinisée, et la désignation comme ennemis à éliminer de tous ceux qui ne participent pas à ce culte.</p>
<p>Cette idole, ce peut être un dieu, une race, une nation, une ethnie, un concept qui peut même être le néant. Le fanatisme nihiliste en est un exemple). L&#8217;ennemi, c&#8217;est le bouc émissaire, c&#8217;est l&#8217;impur, qu&#8217;il faut haïr de toutes ses forces et sacrifier pour assurer la cohésion du groupe.</p>
<p>La violence et le sacré, pour reprendre le titre d&#8217;un des livres l&#8217;anthropologue français René Girard, ont depuis longtemps partie liée dans les fondements des sociétés humaines.</p>
<p>Il serait trop long et douloureux d&#8217;évoquer les atrocités commises dans l&#8217;histoire ancienne, provoquées par un fanatisme qui n&#8217;était pas d&#8217;essence religieuse. Le vingtième siècle nous en offre  malheureusement de récents et de funestes exemples :</p>
<p>Le nazisme et ses masses fanatisées autour d&#8217;un guide, d&#8217;une race et d&#8217;un ennemi fondamental : le juif.</p>
<p>Le communisme radical de Pol Pot, la volonté d&#8217;anéantissement  des Tutsis par les Hutus&#8230;</p>
<p>Le fanatisme se sert de tous les ingrédients à sa disposition : la nation, la race, l&#8217;idéologie, et la religion bien sûr qui en est un aliment extrêmement puissant.</p>
<p>Car, comme l&#8217;a écrit Voltaire dans le Dictionnaire philosophique, « Que répondre à un homme qui vous dit qu&#8217;il aime mieux obéir à Dieu qu&#8217;aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? ».</p>
<p>Les religions ont été instrumentalisées au service de la haine collective des hommes contre d&#8217;autres hommes. Mais comme le dit encore Voltaire, ce n&#8217;est pas aux religions qu&#8217;il faut s&#8217;en prendre, « mais à la folie des hommes ».</p>
<p>Ce qui se passe aujourd&#8217;hui et qui nous inquiète, c&#8217;est le retour d&#8217;un fanatisme qui avait semblé disparaître pour toujours, c&#8217;est le fanatisme religieux, et en particulier ce qu&#8217;on appelle l&#8217;islamisme radical.</p>
<p>Je vous le dis sans détour, peu importe que le fanatisme soit religieux, racial, national ou idéologique, ce qu&#8217;il faut combattre, c&#8217;est le fanatisme lui-même. Le danger qui nous guette dans ce combat, c&#8217;est de tomber dans le piège tendu par le fanatique.</p>
<p>Puisqu&#8217;il se réclame d&#8217;une religion pour commettre ses crimes, c&#8217;est donc sa religion qu&#8217;il faudrait combattre ? Puisqu&#8217;il se réclame d&#8217;une race, c&#8217;est donc sa race qu&#8217;il faudrait combattre ? Puisqu&#8217;il se réclame d&#8217;une nation, c&#8217;est donc son peuple qu&#8217;il faudrait haïr ?</p>
<p>Nietzsche nous a mis en garde : « Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même. Si tu plonges longuement ton regard dans l&#8217;abîme, l&#8217;abîme finit par ancrer son regard en toi.&#8221;</p>
<p>Le fanatisme est totalitaire. Le meilleur remède, c&#8217;est la démocratie.</p>
<p>La démocratie, c&#8217;est sans doute, comme le disait Max Weber, « le désenchantement du monde », c&#8217;est la perte d&#8217;un sens global, la fin des explications toutes faites, la rupture avec la pensée magique. Oui, mais c&#8217;est aussi l&#8217;acceptation de l&#8217;humilité des hommes, avec leurs limites, leurs imperfections, leurs doutes, et en même temps leurs rêves de progrès, leur goût pour la solidarité, et leur esprit de tolérance pour ce qui peut être différent.</p>
<p>La démocratie, c&#8217;est la responsabilité des hommes face à leur destin, c&#8217;est le refus du tragique selon lequel l&#8217;homme n&#8217;est qu&#8217;une marionnette entre les mains d&#8217;une entité supérieure. C&#8217;est le respect de l&#8217;homme, de ses droits individuels, de sa liberté personnelle et l&#8217;égale dignité de tous les hommes.</p>
<p>Bref, la démocratie, ce sont les valeurs portées par les droits de l&#8217;homme.</p>
<p>Et parmi ces droits, je voudrais rappeler l&#8217;article 19 de la DUDDH: &#8220;tout individu  a droit à la liberté d&#8217;opinion et d&#8217;expression&#8230;&#8221;</p>
<p>Je sais bien que tous les droits énoncés dans la DUDDH sont  indivisibles, mais c&#8217;est ce droit que les fanatiques veulent détruire en premier, c&#8217;est cette liberté de l&#8217;âme que le fanatique craint comme le vampire craint la lumière du jour.</p>
<p>J&#8217;ai fait de la défense de la liberté d&#8217;expression une des priorités de mon action: j&#8217;ai ainsi soutenu, dans la mesure de mes moyens, Ayaan Hirsi Ali, cette ancienne députée hollandaise d&#8217;origine somalienne, menacée de mort pour avoir critiqué l&#8217;Islam, ainsi que l&#8217;écrivain bengladaise Taslima Nasreen, qui  a dû chercher refuge en Europe, pour les mêmes raisons. Qu&#8217;elles aient raison ou tort dans leurs critiques, que je partage ou non leurs idées, cela n&#8217;a pas d&#8217;importance. La liberté d&#8217;expression est un des piliers  fondamentaux de la démocratie.</p>
<p>La liberté de croire ou de ne pas croire découle du précédent. Et la France, qui, longtemps, a connu sur son sol des guerres de religions, a instauré la laïcité, en 1905, par la loi de séparation de l&#8217;église et de l&#8217;Etat. Cette laïcité n&#8217;a pas pour objectif de lutter contre les religions, mais de permettre leur libre exercice et leur coexistence avec une stricte neutralité de l&#8217;Etat. La religion est devenue en France une affaire privée. Cette laïcité s&#8217;est récemment réaffirmée en 2004, avec la loi sur l&#8217;interdiction des signes religieux ostentatoires dans les écoles publiques. La France considère que les affaires publiques sont du ressort du peuple, donc de ses représentants, de ses institutions et de son gouvernement, et que les religions doivent s&#8217;en tenir à l&#8217;écart. Nier et mépriser leur importance spirituelle serait céder à une sorte d&#8217;intégrisme laïc: c&#8217;est ce que veut signifier Nicolas Sarkozy, lorsqu&#8217;il utilise le terme de laïcité positive.</p>
<p>Mais pour ce qui est du temporel, du politique, du fonctionnement de la démocratie, le préambule de notre constitution est clair: &#8220;La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.&#8221;</p>
<p>Chaque nation en Europe a son histoire, sa spécificité, mais nous sommes unis par notre adhésion à des valeurs fondamentales, la démocratie et les droits de l&#8217;homme.</p>
<p>Tous les pays de l&#8217;Union européenne ont ratifié la charte européenne des droits fondamentaux. Nous avons en commun une même idée de l&#8217;homme.</p>
<p>Non, les démocraties ne sont pas privées de foi, elles croient en l&#8217;homme et en sa dignité.</p>
<p>Permettez-moi, pour finir, vous dire le plaisir que j&#8217;ai d&#8217;être parmi vous, ici dans cette magnifique cité de Prague, dans cette Europe qui fut longtemps confisquée, pour reprendre les mots de Milan Kundera.</p>
<p>Je ne peux que comprendre, M. le Président Havel, l&#8217;attachement indéfectible et définitif que votre pays et vous-même portez à la liberté,et le combat permanent que vous menez pour la défendre.</p>
<p>Votre pays a été au cœur des tragédies du 20<sup>ème</sup> siècle : Munich, le nazisme, le communisme. Vous connaissez mieux que quiconque la fragilité des choses. La liberté n&#8217;est jamais acquise pour toujours, et le respect des droits de l&#8217;homme est un combat de tous les jours.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Cette expérience des tragédies de l&#8217;histoire vous a rendus particulièrement sensibles aux violations des droits de l&#8217;homme, au combat des individus pour leur liberté. Cela vous rend attentif à la survivance de dictatures et à la réapparition de nouvelles formes de totalitarisme.</p>
<p>Votre pays sait que les démocraties sont fragiles. Il sait qu&#8217;elles sont condamnées à disparaître si elles renoncent à se protéger.</p>
<p>L&#8217;entrée des chars soviétiques dans les rues de Prague en 1968 a marqué l&#8217;échec du projet de réformer le communisme et, en un sens, la mort clinique de l&#8217;utopie révolutionnaire ; l&#8217;apparition quelques années plus tard, autour de vous-même, de Jan Patochka et d&#8217;autres  compagnons, d&#8217;une opposition se réclamant -non pas de l&#8217;idéologie, de la nation ou de la religion- mais, fait nouveau, des « droits de l&#8217;homme » a contribué à relégitimer cette référence, y compris à l&#8217;Ouest du rideau de fer, et à l&#8217;installer durablement au centre de notre système de valeurs.</p>
<p>Vous connaissez mieux que quiconque la valeur de la liberté, son goût et son prix.</p>
<p>Ce monde libre, comme on l&#8217;a appelé naguère, affronte actuellement une terrible tempête. Nous payons sans doute un excès de liberté, et un laissez-faire économique dont nous sommes tous responsables. Mais attention à ne pas, comme on dit, jeter le bébé avec l&#8217;eau du bain. Que cet excès de liberté dans la gestion financière de notre monde ne nous conduise pas à rejeter la liberté elle-même. La liberté, comme le dit l&#8217;article 4 de la déclaration des droits de l&#8217;homme et du citoyen de 1789, consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. La liberté a donc des limites, la liberté économique ne peut pas non plus ne pas avoir de limites.</p>
<p>Je nourris l&#8217;espoir que de cette crise que traverse notre monde, la valeur de la liberté sortira  renforcée, par la redécouverte de la nécessité essentielle de la responsabilité.</p>
<p>Ce mot de responsabilité me renvoie à ma tâche de Secrétaire d&#8217;Etat aux Affaires étrangères et aux droits de l&#8217;homme.</p>
<p>Puisque notre sujet présent est « fois et fanatisme », il nous incombe, il est de notre devoir, d&#8217;apporter notre protection à ceux qui seraient menacés dans leur vie pour leur liberté d&#8217;expression, y compris à l&#8217;intérieur de l&#8217;Union européenne, par des gens mus par ce fanatisme dont il est question ce matin.</p>
<p>En mars dernier, vous avez appelé à la création d&#8217;une union internationale des dissidents, et avez jeté les bases, le 15 avril, en compagnie de Messieurs Barroso et Delors, d&#8217;une fondation européenne pour la démocratie. Sachez, M. le Président, que la France est prête à soutenir votre initiative.</p>
<p>M. le Président, cette fondation, ce partenariat européen pour la démocratie ne pourraient-ils pas être l&#8217;instrument de cette nécessité morale, celle de protéger ceux qui peuvent mourir, pour ce qu&#8217;ils ont dit ?</p>
<p>La liberté est notre bien le plus précieux. L&#8217;Europe est une union de peuples libres. Nous devons avoir foi dans nos valeurs. Sans fanatisme, mais avec résolution.</p>
<p>Je vous remercie.</p>
<p>Forum 2000  de Prague &#8211; Discours d&#8217;ouverture de la table ronde « Fois et fanatisme »<em><strong> </strong></em></p>
<p><strong> </strong></p>
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		<title>Vous oublier, c’est oublier qui nous sommes</title>
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		<pubDate>Sun, 10 Feb 2008 17:34:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Tribunes et discours]]></category>
		<category><![CDATA[Liberté d'expression]]></category>

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		<description><![CDATA[<a href="http://www.rama-yade.fr/2008/02/10/vous-oublier-c%e2%80%99est-oublier-qui-nous-sommes/"><img align="left" hspace="5" width="150" src="http://www.rama-yade.fr/wp-content/uploads/2008/02/2304734580_c167a94304-300x199.jpg" class="alignleft wp-post-image tfe" alt="" title="2304734580_c167a94304" /></a>Ce soir, c'est une manifestation républicaine qui nous accueille. L'Ecole Normale Supérieure, fidèle à son héritage, à son histoire, à sa morale, est ce soir le temple de la liberté. Il y a ici des personnalités de tous bords, d'en haut, d'en bas, de partout, mais ce soir, nous sommes tous dans le même camp, celui de la défense et de la protection d'Ayaan Hirsi Ali. Et à travers elle, celui de la défense d'un des biens les plus précieux de l'homme, la liberté de conscience et d'expression.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a class="lightbox" title="Avec Ayaan Hirsi Ali" href="http://www.rama-yade.fr/wp-content/uploads/2008/02/2304734580_c167a94304.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-486" title="2304734580_c167a94304" src="http://www.rama-yade.fr/wp-content/uploads/2008/02/2304734580_c167a94304-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a>Nous avons tous ici un point commun. Nous sommes vos amis, Ayaan, et c&#8217;est la France de la liberté qui est réunie ce soir pour vous apporter son soutien.</p>
<p>Quand la liberté d&#8217;expression est menacée, c&#8217;est chacun de nous qui doit se sentir menacé. Il en va de nos valeurs, il en va de notre identité. Quand on n&#8217;est pas d&#8217;accord avec les idées d&#8217;un autre, si on s&#8217;estime offensé par ses propos, on fait appel au droit, à la  justice. Il y a des tribunaux pour cela. L&#8217;Etat de droit, c&#8217;est cela. Entre civilisation et barbarie, la France a choisi depuis longtemps. Je veux vous dire aujourd&#8217;hui que la France éternelle, celle de 1789, celle de Hugo, celle du général de Gaulle, celle de Simone Veil, mais aussi celle de « Ni Putes ni soumises » vous a entendue. Et notre soutien, ce soir, est celui de tout un peuple qui s&#8217;est promis de porter par-delà les océans, ces mots qui tonnent jusqu&#8217;à donner le vertige aux peuples étrangers : liberté, égalité, fraternité.</p>
<p>Votre crime est celui d&#8217;avoir critiqué les fondamentalistes. Et les fondamentalistes se sont juré de vous le faire payer. Et de vous faire aussi payer le fait d&#8217;être née femme. Vous payez très cher, chère Ayaan, obligée de porter le souvenir de Théo Van Gogh, sur la poitrine duquel ont été plantés en 2004, deux couteaux sanglants, avec cette fatwa qui vous condamnait.</p>
<p>Dans votre longue errance, beaucoup de solitude, de désarroi, de doutes, mais aussi de détermination. Quelle foi dans l&#8217;avenir, en vous, en nos valeurs ! On n&#8217;est pas obligé d&#8217;être d&#8217;accord avec vos propos, mais je vous le dis ce soir, chère Ayaan, vous devez avoir le droit de les tenir. Le long sanglot de la Voltaire des temps modernes que vous êtes est celui de femmes qui ne veulent pas vivre à genoux. Votre détresse est notre humiliation, et votre désarroi notre remords. Qui mieux que le pays des droits de l&#8217;homme peut vous entendre, peut vous soutenir ? Qui mieux que moi aussi ?</p>
<p>Comme vous, je suis d&#8217;origine africaine, comme vous, j&#8217;ai migré en Europe, comme vous, je suis née en terre d&#8217;Islam. Je suis d&#8217;une religion à laquelle vous n&#8217;appartenez plus. Vous dites sur l&#8217;Islam des choses très dures. Et je ne suis pas obligée d&#8217;approuver complètement.  Cela aurait pu nous séparer. Mais Ayaan, du haut de mon histoire, je vous dis que je suis à vos côtés. Et que cela ne changera pas. Aujourd&#8217;hui, vous ne demandez qu&#8217;une chose : pouvoir circuler librement sans risquer comme vous le dites si brutalement, d&#8217;avoir la tête coupée. Nous réfléchissons à la manière de vous faire accéder à la France, à la naturalisation française. Face à votre requête, certains peuvent choisir le parti de la prudence, de peur de provoquer les fondamentalistes.</p>
<p>Sur cette prudence, je m&#8217;interroge. Alors que la main des terroristes ne tremble pas lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de tuer, le monde occidental tremblerait-il désormais, lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;affirmer ses valeurs de liberté, de justice et de solidarité ? Si nous abdiquons, nous risquons de nous retrouver dans une situation où ce sera vous, venue d&#8217;un monde supposé si étranger à nos valeurs, qui les défendrait le mieux. Ne pas vous aider, c&#8217;est mépriser nos principes, ne pas vous soutenir c&#8217;est négliger nos valeurs, et vous oublier, c&#8217;est oublier qui nous sommes. Chère Ayaan, je suis très heureuse de vous revoir de nouveau en France. Depuis que je vous ai rencontrée le 11 septembre dernier &#8211; quelle date ! &#8211; vous arrivez un 11 septembre, chargée d&#8217;une fatwa &#8211; je ne vous ai pas oubliée. Chaque fois que vous êtes en France, nous nous voyons. Chaque fois que je vous vois,  vous me rappelez à mes devoirs. Votre générosité me touche. Il y a quelques semaines, alors que la fatwa qui pèse sur vous aurait pu vous amener à ne penser qu&#8217;à vous, et légitimement qu&#8217;à vous, vous avez eu pour moi des mots de réconfort et d&#8217;encouragement, de fraternité. Votre générosité, malgré le malheur, est votre marque de fabrique. Vous nous rappelez que notre condition de Français signifie la défense de la liberté.  Sachez, chère amie, que tant que vous n&#8217;êtes pas libre, complètement libre, nous sommes tous des Ayaan. Maintenant, permettez-moi de vous lire  un message personnel, de la part de quelqu&#8217;un que vous connaissez, que vous appréciez, et qui vous connaît et vous apprécie tout autant. Il est signé du Président de la République :</p>
<p>« <em>Chère Ayaan Hirsi Ali, vous venez de vous voir décerner, par un jury de femmes, le prix Simone de Beauvoir, dont nous célébrons cette année le centenaire de la naissance.</em></p>
<p><em>C&#8217;est un hommage qui vous est rendu par les femmes françaises, et au-delà, par toute une nation, qui vous exprime ainsi sa solidarité. Hommage à votre liberté, hommage à votre courage, hommage à votre soif de vivre pleinement et librement.</em></p>
<p><em>Les combattants de la liberté comptent dans leurs rangs de nombreuses femmes, je pense à l&#8217;Iranienne Shirin Ebadi, la Guatémaltèque Rigoberta Menchu, la Birmane Aung San Suu Kyi, toutes trois d&#8217;ailleurs prix Nobel de la Paix. Comme si les femmes étaient souvent à l&#8217;avant-garde du combat pour la liberté. Comme si par les souffrances qu&#8217;elles endurent, elles étaient plus conscientes que d&#8217;autres de la nécessité de l&#8217;émancipation individuelle. Sans doute est-ce pour cela qu&#8217;on mesure le degré d&#8217;ouverture d&#8217;une société à la place qui est faite aux femmes. Vous incarnez la part que les femmes ont toujours prise dans les luttes pour la liberté.</em></p>
<p><em>Sachez chère Ayaan, que vous n&#8217;êtes pas seulement un modèle pour les femmes qui vous honorent ce soir, mais aussi pour les hommes. Vous êtes la cible de fanatiques qui veulent imposer au monde un ordre obscur, où des femmes et des hommes seraient menacés de mort au seul motif qu&#8217;ils ont exprimé des idées contraires aux leurs. Ces fanatiques veulent des sociétés uniformes et soumises à leur conception dévoyée de la foi.  La mission de la France, au contraire, est de se battre pour que la diversité existe et soit respectée partout dans le monde. Que vos ennemis sachent que s&#8217;en prendre à vous, c&#8217;est s&#8217;en prendre aussi à la France.</em></p>
<p><em>Mais, chère Ayaan, vous n&#8217;avez jamais accepté de vous résigner à la condition de victime. Vous êtes d&#8217;abord et avant tout une combattante, avec toute la détermination d&#8217;une femme d&#8217;honneur.</em></p>
<p><em>En tant que Président de la République, je suis fier que des personnalités françaises de tous bords se mobilisent pour vous apporter leur soutien. C&#8217;est la France des Lumières, c&#8217;est la France de Voltaire qui est autour de vous ce soir. Ce n&#8217;est ni la France de gauche, ni la France de droite, ni celle du centre, c&#8217;est la France, tout simplement. Et en tant que futur Président du conseil Européen, je voudrais aussi vous faire part de ma détermination à agir avec nos partenaires européens pour que puisse se mettre en place un fonds communautaire destiné à assurer la sécurité et la liberté de circuler des ressortissants européens qui sont menacés dans leur vie, comme vous, par des fanatiques obscurantistes.</em></p>
<p><em>Recevez, chère Ayaan Hirsi Ali, l&#8217;expression de mon respect et de mon amitié. </em>»</p>
<p>(Merci aux organisateurs de cette soirée, Bernard-Henry Lévy, Caroline Fourest et Philippe Val, le directeur de Charlie Hebdo et à Madame Canto-Sperber, qui nous accueille dans son Ecole).</p>
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