Solidarité avec Haïti !
Je reviens donc de Washington (Etats-Unis) où se tenait une conférence des donateurs pour Haïti. Arno Klarsfeld, en tant que conseiller du Premier ministre pour Haïti, m’y accompagnait.
Haïti est un pays auquel la France est très attachée. Il est situé dans les Caraïbes, non loin de la Guadeloupe et de la Martinique. C’est aussi une ancienne colonie française (la perle des Antilles disait-on de ce pays qui, à l’époque de la colonisation, s’appelait Saint-Domingue), francophone, s’étant toute seule libérée de l’esclavage à l’époque de Napoléon grâce à ses héroïques généraux, Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines. En 1804, le pays devint indépendant.
L’irruption sur la scène de l’Histoire mondiale de ces esclaves vainqueurs des troupes napoléoniennes, le triomphe de cette révolte fit dire à Aimé Césaire, que, c’est dans ce pays, que « la négritude, pour la première fois, se mit debout ». Cet acte fondateur, révolutionnaire, devait valoir à Haïti une renommée et un prestige qui demeurent aujourd’hui encore d’une exceptionnelle vivacité à travers les Amériques, et certainement dans le monde.
Mais Haïti est un pays martyr. Les régimes autoritaires, la pauvreté, les catastrophes climatiques se sont, depuis, succédé. La France est restée, toujours, aux côtés d’Haïti, et ce, malgré la distance et le temps, malgré les vicissitudes de cette histoire.
C’est ce pays-légende que j’ai eu le bonheur et la fierté de découvrir en septembre 2007. Haïti est, depuis, pour moi, un émerveillement et une douleur. J’avais à cette époque prononcé un discours, le plus personnel que j’ai eu à prononcer depuis ma prise de fonctions. Je vais le mettre en ligne.
Alors, il fallait être à la Conférence des donateurs pour Haïti qui vit encore des heures difficiles. En avril dernier, le pays a connu des émeutes de la faim à cause de la hausse des prix alimentaires. Jusqu’à l’arrivée de Michèle Pierre-Louis, la nouvelle Premier ministre, le pays connaissait une situation politique difficile. Enfin, je ne parle pas des inondations qui ont provoqué l’effondrement des écoles, faisant des dégâts considérables. Résultat : le déficit budgétaire a atteint 50 millions de dollars, et le PIB a reculé de 15% en 2008, alors qu’il avait progressé de 3,5% l’année précédente
A Washington, donc, malgré la crise internationale, les donateurs (28 pays et organisations internationales) étaient au rendez-vous, autour de Michèle Pierre-Louis, dont il faut saluer le courage et la détermination. La conférence se tenait dans les locaux de la Banque interaméricaine de développement (BID). Il y avait là :
- Ban Ki-moon, Secrétaire Général des Nations-Unies, qui m’avait invitée à venir à cette Conférence la semaine précédente lorsqu’avec François Fillon, nous l’avions reçu à Matignon,
- Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine qui nous a appris qu’elle avait passé sa lune de miel à Haïti,
- Dominique Strauss-Kahn, Directeur général du FMI, ainsi que son frère, Marc, qui, physiquement ne lui ressemble pas du tout et qui, avec beaucoup de gentillesse, m’a servi de conseil en tant qu’administrateur de la BID,
- Robert Zoellick, Président de la Banque mondiale,
- Luis Alberto Moreno, Président de la BID, avec qui j’avais co-présidé, à Paris, le Forum Union européenne-Amérique latine, en octobre dernier etc…
Bref, au terme de la matinée, les dons pour Haïti se sont élevés à 321 millions de dollars. La France a contribué à hauteur de 30 millions d’euros. Manière pour nous de réaffirmer notre solidarité et notre engagement prioritaire pour Haïti.
Au déjeuner, toujours dans les locaux de la BID, j’étais assise à la table d’honneur, ce qui m’impressionne toujours (pardon, de ne pas être encore blasée !), en face de Ban Ki-moon, de DSK et de Robert Zoellick et à côté de la Premier ministre haïtienne. Soudain, alors que je suis déjà bien calée dans ma chaise, un serveur me pousse sans ménagement, en me disant qu’il faut libérer la place à côté de moi. Je demande, en râlant, pour qui je dois me pousser.
Soudain, Bill Clinton apparaît et s’assoit à côté de moi. Ce qui me calme tout de suite. Son arrivée provoque une quasi-émeute. Sa popularité est manifestement intacte. Il a du charisme et de la répartie. Il me dit qu’il était la veille à Paris pour échanger avec Philippe Douste-Blazy à propos d’Unitaid et qu’il s’est promené sur les Champs-Elysées. On est interrompu par ses fans qui lui demandent des autographes. Robert Zoellick, assis en face de moi, m’observe, pensif. Il me demande alors mon âge, étonné que je sois membre d’un Gouvernement, en étant aussi jeune. Je me tourne vers mon voisin, le Ministre haïtien des Finances que j’interroge sur les prochaines élections sénatoriales dans son pays.
Après le déjeuner, le travail reprend (quoiqu’on ait travaillé pendant le repas). Direction : la Maison Blanche, en compagnie de notre délicieux ambassadeur de France, Pierre Vimont (vous savez, celui qui a refusé, en début d’année, une augmentation de salaire !). On va rencontrer Samantha Powers, une conseillère de Barack Obama pour les affaires multilatérales. Après avoir passé d’innombrables portiques de sécurité, nous la retrouvons. Et faisons le tour des sujets du moment (retour des USA au Conseil des droits de l’Homme, Durban II, Cour pénale internationale, Guantanamo etc…). Je lui confirme l’invitation que j’ai adressée à Hillary Clinton pour la Conférence mondiale sur les femmes (on aura bientôt la date) et celle sur l’homophobie que j’organise à Paris le 15 mai et la remercie que les USA aient rejoint ma déclaration pour la dépénalisation universelle de l’homosexualité que j’avais fait adopter à l’ONU en décembre dernier.
On termine par un point presse. Puis, retour à Paris.




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