En souvenir des tirailleurs sénégalais et de Jean Moulin

Je suis heureuse et fière d’être avec vous aujourd’hui à Dammarie-Les-Lys, pour rendre hommage aux Tirailleurs sénégalais qui se distinguèrent pendant la Grande Guerre par leur ardeur et leur courage. Je connais le respect que vous portez, cher Jean-Claude Mignon, et votre attachement personnel à leur sacrifice. Je salue donc avec émotion et respect votre initiative, en ce 11 novembre 2008.

Ils venaient de l’empire colonial d’alors. Ils servaient dans l’armée française. Et la France, tout court. Une France, qu’ils appelaient la mère-patrie. Ils étaient environ un million de combattants lors des deux guerres mondiales. Ils venaient du Maghreb, d’Afrique noire, d’Asie. Sur ce million, ils furent 250.000 Africains noirs à partir pour la Grande Guerre. 27.000 d’entre eux perdirent la vie, au combat.

Nous sommes ici rassemblés pour leur rendre hommage. Et cet hommage porte aussi bien sur l’exemplarité que sur le tragique de leur engagement.

Exemplarité, car les tirailleurs ont donné leur vie à la France par amour pour elle. Par patriotisme et sens de l’honneur. Rien de plus. Les tirailleurs sénégalais sont simplement tombés pour que la France ne meure pas. Pour qu’elle continue à vivre. A rester ce qu’elle a toujours été.

Tragique, car cet engagement n’a été que trop souvent oublié. Ils avaient pourtant un égal souvenir de la Grande guerre que les Français : ils savaient ce que recouvraient des mots comme « matricule », « Verdun », « Somme ». Tout comme les poilus, leurs frères d’armes.

Cette mémoire mérite d’être connue et reconnue. Il n’y a sans doute plus de tirailleurs sénégalais de la Grande guerre susceptibles de raconter. Mais nous sommes là pour perpétuer leur souvenir. C’est une obligation au regard de la dette sacrée que nous leur devons. C’est grâce à eux que la France est encore debout. C’est grâce à eux que la France est restée libre. Alors, non, les tirailleurs de la Première guerre ne sont plus là. Mais il y en a d’autres, ceux de la Seconde guerre mondiale. Et, parmi ceux-là, certains d’entre eux sont encore vivants, en Afrique, en Asie, à Madagascar. Eux, peuvent raconter, si, un jour, suprême hommage, nous les invitions en France pour leur dire en face notre éternelle reconnaissance.

Car, avec la deuxième guerre mondiale, c’est une nouvelle génération d’Africains qui sera sollicitée. Dès juin 40, on mobilise 200.000 coloniaux originaires de l’Afrique subsaharienne. Pour les combats de la campagne de France au printemps 40. Des combats brefs. Meurtriers pour les troupes d’outre mer. Trente mille Africains y laissent la vie. Pendant ce temps, c’est en Afrique que le Général de Gaulle, confronté à ses premiers bains de foule, trouve l’énergie pour continuer le combat de la France libre. Les premiers territoires ralliés en 1940 au Général sont africains : tout d’abord le Tchad, conduit par le premier gouverneur noir de l’Empire, le Guyanais Félix Eboué ; puis le Cameroun, sous la commandement du futur Général Leclerc. Les premières victoires de la France ont ainsi été obtenues grâce à une armée constituée à 80% d’Africains.

Qu’il serait bon que cette histoire se sache ! Mais l’exemplarité de l’engagement de ces tirailleurs a eu son revers.

Car, de retour dans leur pays d’origine, des tirailleurs sont fusillés pour avoir réclamé leur solde, comme ce 1er décembre 1944 à Thiaroye, dans la banlieue de Dakar. Aujourd’hui, des tombes anonymes témoignent de ce massacre. Les survivants percevront, eux, des pensions de guerre plus faibles que leurs compagnons d’armes : une décision administrative en 1959 diminue les pensions en les alignant sur le pouvoir d’achat du pays d’origine : là où un ancien combattant français invalide à 100% reçoit 4 081 francs de pension mensuelle, un Sénégalais perçoit 1463 francs et un Guinéen 673 francs. Il aura fallu attendre 2002, pour que le Conseil d’Etat dans un arrêt Diop considère ce système comme discriminatoire. Le Gouvernement consent alors à décristalliser partiellement les pensions versées à 80 000 anciens combattants.

Incompréhension d’un côté. Mais dignité de l’autre. Nous sommes nombreux à avoir en tête l’image de ces vieux tirailleurs africains qui ont vécu longtemps sans rien demander. Combien d’entre eux ont traîné leur silhouette dans les villes et villages africains, dignes, ne revendiquant rien, étant simplement fiers d’avoir servi un pays qu’ils n’ont cessé d’appeler la mère patrie. Silence exceptionnel de ces hommes. Jusqu’à l’absurde. Rappelez-vous ce 11 novembre : c’était en 1998, lorsque la République finit par se rappeler le souvenir du sacrifice des tirailleurs et envisage de leur signifier symboliquement la reconnaissance qu’ils n’attendaient plus. Le 11 novembre 1998, jour de son 104ème anniversaire, Abdoulaye Ndiaye, ancien tirailleur sénégalais, devait donc recevoir la légion d’honneur sur la place de son village par l’ambassadeur de France. Las ! La veille du jour de gloire, il mourut. Le destin avait-il voulu faire savoir que ce geste arrivait trop tard ?

Silence des tirailleurs. Incompréhension de leurs petits-enfants, aujourd’hui Français, face à ce traitement. Oui, cette mémoire mérite d’être connue et reconnue. D’autant qu’elle ne divise pas. L’engagement des tirailleurs n’est pas l’histoire d’une mémoire clivante. A leurs côtés, de grands Français ont eu des attitudes exceptionnelles.

Et les tirailleurs sénégalais aiment à raconter leur compagnonnage avec le plus grand d’entre eux : Jean Moulin. Une histoire que je racontais, il y a quelques jours, à Reims, lors d’un hommage similaire.

Nous sommes le 17 juin 1940 à Chartres, dans le département d’Eur-et-Loire. Les Allemands veulent imputer aux tirailleurs la responsabilité des massacres commis sur des civils français, en réalité victimes de bombardements allemands. Ils demandent à Jean Moulin, alors préfet, de reconnaître cette accusation en signant le protocole selon lequel des femmes et des enfants français ont été massacrés après avoir été violés. « Ce sont vos troupes noires, dit le document nazi, qui ont commis ces crimes dont la France portera la honte ». La réponse de Moulin est sans ambiguïté : « Nos tirailleurs sont incapables de commettre une mauvaise action contre des populations civiles et moins encore le crimes dont vous les accusez ». Torturé pendant sept heures, le chef de la Résistance ne signe pas le protocole. Sous la pression, il saisit un débris de verre et tente de suicider en se trancher la gorge. Pour ne pas avouer. Il raconte dans Premier combat : « je ne veux pas être complice de cette monstrueuse machination qui n’a pu être conçue que par des sadiques en délire ». Moulin gardera de cette tentative de suicide une cicatrice dissimulée sous sa célèbre écharpe.

Je veux à travers ce récit, à travers l’épopée des tirailleurs, vous dire, chers amis, que ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous divise. Vous dire que des hommes noirs ont un jour aimé ce pays jusqu’à mourir pour lui. Que de grands Français, comme Jean Moulin et bien d’autres, ont voulu à leur tour mourir pour les défendre. A l’heure où l’on s’interroge sur le sens à donner à notre nation, à l’heure où l’on se demande comment bâtir la coexistence entre les minorités qui composent notre beau pays, à l’heure où la Marseillaise est sifflée, où la jeunesse issue de l’immigration s’interroge sur son identité et que le reste du pays se demande qu’en faire, la mémoire, le sacrifice des tirailleurs nous rappelle que la Nation française est une, qu’on peut aimer la France jusqu’à mourir pour elle, quelle que soit ses origines. Sublime message de patriotisme, et peut-être davantage, que nous laissent ces tirailleurs. Magnifique dépêche que nous devrions davantage faire revivre pour nous rappeler pourquoi nous vivons ensemble. Fantastique mémoire dans laquelle nous pouvons puiser la force de nous retrouver autour de valeurs communes, sans divisions, sans dispute. Puisse ce voeu, un jour, être exaucé !

Je vous remercie, chers amis, de votre attention.

(Dammarie-les-Lys, à l’occasion de la célébration des cérémonies du 11 novembre 1918 en hommage aux tirailleurs sénégalais)

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4 réponses à En souvenir des tirailleurs sénégalais et de Jean Moulin

  1. sarr dit :

    je suis content de votre reconnaissance envers les tirailleurs.on n arrive pas a croire que la france est extremement respectueux envers des des gens qui ont donnes la vie pour la france comme guinmer ,brocard etc mais ne se soucit guerre des tirayeurs.c est impressionnant .je pense que saurait etait dans un autre pays le fait serait plus respecte et considere oubien meme faire une journee tirayeurs car c est pas une personne qui est mort c est des milions de personnes qui sont tombees pour la france.peut de respet nos frere francais cas meme ;mais cas meme nos reconnaissons en temp que senegalais l amitie qu il ya eu entre nous et entre vous et les pays africain.

  2. Jean-Marie SERRA-TOSIO dit :

    Madame Rama Yade, Bonjour,

    La lecture de votre discours m’a beaucoup intéressé et m’a remis en mémoire certains faits de la deuxième guerre mondiale que j’avais en partie, oubliés, en particulier l’action de Jean Moulin.

    Vous avez retracé l’histoire de ces tirailleurs Sénégalais avec beaucoup de tact sans vous appesantir sur l’injustice incroyable de la France au sujet de la retraite des soldats ayant servis et combattus sous le drapeau français.
    Les décorations c’est bien à condition de tenir ses engagements. Le préjudice moral et matériel de ces hommes n’est malheureusement pas rattrapable. Attendre 2002 pour réparer en partie cette injustice est à peine croyable alors que quelques années avant une émission télévisée avait dénoncé cet état de faits au public.
    C’est une des raisons pour laquelle l’histoire doit être enseignée aux enfants avec les détails qui sont la réalité des choses avec ses actions d’éclat et ses turpitudes.

    Il faudrait exalter aux yeux des enfants les actions d’humanité héroïque dans la vie civiles et en temps de guerre comme par exemple celle de jean Moulin ou celles récentes de familles Hutu qui ont sauvé des Tutsi au péril de leur vie et dont certaines ont été massacrées.
    Te telles actions ne doivent pas tomber dans l’oubli, elles montrent l’être humain sous son plus beau jour.
    L’idéal de la fraternité doit être illustré pour les générations qui suivent.

    J’avais quatre ans lorsque le sud de la France a été libéré en 1944.
    J’aimerais savoir si les soldats marocains qui accompagnaient les troupes alliées et que j’ai vu passer, ont été aussi mal traités pour leurs pensions de retraite ?

    Encore merci pour votre délicatesse sur ce sujet qui fâche.

    cordialement

  3. Pathé MBODJE dit :

    29.06.2009
    Sarkozy fait cohabiter Rama Yade avec Roselyne Bachelot.
    DAKAR- (Sénégal)- La France folle de Rama Yade qui a osé dire non à son président de Sarkozy connaît désormais la réponse du berger à la bergère : une cohabitation imposée avec Roselyne Bachelot qui a passé son temps à critiquer l’ancienne ministre des droits de l’homme. L’Hexagone se cherche depuis longtemps des modèles loin des fastes du château. Alors, bonne pour une diversité qui tend vers le bas, au point de voler au ras des pâquerettes ?

    Les Folies Bergères du Gouvernement Fillon !

    Par Pathé MBODJE, Journaliste, sociologue

    Il n’y a pas que Nicolas Sarkozy à s’irriter du succès de Rama Yade quand lui-même patauge en pleine choucroute, malgré un succès relatif à la suite du sommet du G20. Roselyne-la-Gaffe non plus ne porte notre compatriote française dans son cœur : Roselyne Bachelot la ministre de la Santé et des Sports s’en prend également à celle qui était venue chez elle au Sénégal, en février, donnant des urticaires à Wade et à son gouvernement par son franc-parler : «Rama a un portefeuille sur lequel il n’y a pas d’aspérité avec les Français. Le jour où elle exprimera ses vraies capacités, elle chutera dans les sondages ». Eh bien Roselyne-la-Gaffe est servie : elle cohabite désormais avec son ennemie intime devenue Secrétaire d’Etat aux Sports, ultime pied de nez d’un Sarkozy désireux pour relever relever l’affront subi avec Mame Ramatoulaye Yade. Mame Ramatou la Féé parisienne reçoit ainsi la monnaie de sa pièce : entêtée et arrogante, elle a joué au Petit Poucet, semant sur son chemin des écueils qu’il faut toujours franchir en politique : elle avait sévèrement critiqué la visite du Colonel Khadafi de Libye en France avec l’épisode du paillasson sur lequel on s’essuie les pieds ; elle avait également dit non à son patron en refusant de conduire la liste des candidats de la majorité présidentielle aux élections européennes. Alors mardi dernier, 22 juin, elle s’est retrouvée auprès de son amie Bachelot, aux Sports, ce qui n’est pas sans saveur, puisqu’il y en aura ente les deux ministres les « pank » (mot Wolof signifiant approximativement les têtus ndlr) du gouvernement français.

    Roselyne, ministre de la Santé et des Sports, portefeuille qu’elle conserve dans le gouvernement Fillon II, avait déjà perdu sa place pour avoir parlé sans réfléchir, comme à son habitude : c’est par elle que le scandale de la surdité relative de Jacques Chirac était connu lorsqu’elle a affirmé que Jacques Chirac «était à moitié sourd et portait un appareil auditif» ; c’est encore elle qui a été au hit-parade des phrases assassines en souhaitant que Martine Aubry «se casse la gueule». Donc les ministres casse-gueule, la France connaît, qui se passent de la sage recommandation du « Ché », le Lion de Belfort, Jean-Pierre Chevènement, qui leur avait recommandé de « fermer la g…! » ou de partir.

    Rama Yade n’en a cure et c’est justement parce qu’elle revendique ses droits de ministre, et rien que ses droits, qu’elle a cette réputation sulfureuse qui colle à la peau de la jeune secrétaire d’État qui dit non aussi bien à son président que, à fortiori, à son ministre de tutelle :elle a refusé, en décembre 2008, de conduire la liste UMP aux européennes en Ile-de-France, malgré l’invitation pressante du président de la République français, précipitant ainsi la nomination de Bruno Lemaire aux affaires européennes.

    Le dépit de Sarkozy fut du pain béni pour la franco-sénégalaise : elle grimpait au hit-parade des personnalités les plus célèbres en France, ajoutant à la rancœur de ses détracteurs, dont son actuelle ministre de tutelle : le 05 avril, Roselyne Bachelot avançait cette phrase assassine à souhait : « Rama a un portefeuille sur lequel il n’y a pas d’aspérité avec les Français. Le jour où Rama Yade exprimera ses vraies capacités, elle chutera dans les sondages ». Comme dans l’hymne national français, ce jour de gloire est arrivé : la cohabitation forcée entre Rama Yade et Roselyne Bachelot paraît de toute évidence la réponse du berger Sarkozy à la bergère d’origine sénégalaise ; faute de pouvoir la remercier à cause de sa très grande popularité auprès des Français, le président Sarkozy la jette dans la fosse aux lions entre les crocs de son ministre de la Santé et des Sports.

    Rama Yade partageait le privilège de la popularité avec…Jacques Chirac qui, en avril, devenait seul en tête des personnalités politiques françaises dans un contexte de chute générale des leaders de l’exécutif ou de l’opposition, selon le tableau de bord Paris Match-Ifop.

    La dernière affiche de campagne de Ségolène Royal, en 2007, la présente en noir et blanc, le visage angoissé tourné vers la…gauche, rappelant étrangement la pucelle d’Orléans en devoir de bouter les étrangers hors de France. Depuis, elle poursuit sa croisade contre son ennemi intime, de l’intérieur, qu’elle continue de harceler, même de l’extérieur, comme récemment encore à Dakar, dans la première semaine d’avril.

    C’est que la France n’en finit toujours pas avec sa campagne électorale d’avril 2007. En d’autres termes, elle cherche toujours une alternative à l’énergumène de l’Elysée sachant se démultiplier en quatre pour mieux fonctionner, au point de s’enfoncer dans l’estime et l’appréciation de ses compatriotes par son comportement original qualifié depuis de « bling bling ». Oui : la douce Métropole royale patauge dans les eaux boueuses de la banlieue renforcées par une crise qui revient sur la réification de l’ordre antérieur ; elle, elle se cherche une nouvelle idole, moins dans les lustres et lambris du palais que dans la périphérie.

    Effet Obama ? Non, le phénomène est plus ancien en France et glisse de la piété vers la solidarité.

    Elle avait déjà eu son Abbé Pierre, ravissant de douleur, de souffrance et d’ouverture vers le plus pauvre, le plus exposé, le plus faible, de quelque origine qu’il soit. Puis ce fut Yannick Noah, tennisman français d’origine ultramarine, bien loin du pourtour méditerranée, refuge de la nouvelle Europe. Puis, enfin, Rama Yade, inénarrable, sémillante, prétexte d’une France d’en bas qu’on voulait retrouver en haut, reprenant les thèmes chers à l’ancien Premier Raffarin.

    Quelles étapes ont mené à Mame Ramatoulaye Yade, Sénégalaise venue en vacances et qui s’est retrouvée française parmi les Français ? Le ramollissement hexagonal se vérifie depuis 10 ans maintenant (1) et spécifie que les électeurs sont incapables de se choisir un chef…qu’ils rejettent dès que les populations ont fini de voter ; on l’a vu avec Jacques Chirac, sans doute le plus impopulaire des occupants de l’Elysée qui a déteint sur tous premiers ministres, au « Mythe errant » avec lequel la France s’était plongée dans la torpeur d’une longue crise de langueur. Et la sécurité publique s’en est vivement ressentie avec l’exclusion de franges entières des sociétés françaises, surtout celles des banlieues.

    Cette violence de classes sociales se retrouve contre un système qui a brimé, opprimé et moralement détruit des pans entiers de populations certes françaises, mais que la classe politique traditionnelle maintient dans une certaine dépendance qui exclue une vision nationale française. La fin 2005 posait déjà au fond la question nationale à la classe politique française dont la réponse semble en déphasage avec la réalité nouvelle créée par une mauvaise politique d’occupation de l’espace social national.

    Ce questionnement nouveau a pris diverses formes, de la lutte religieuse à la lutte pour la survie, évoluant certes en fonction des réalités locales, mais aussi sous forme de solidarité proche orientale avec ceux qui souffrent depuis la « Catastrophe nationale » de 1948, la triste « Naqda », avec la sur implantation d’un Etat israélien sur un autre en gestation, palestinien. La France a vécu une dure période des années 80 avec les conséquences intérieures du malaise général autour de la Méditerranée.

    La sensibilité du dossier juif, qui brave le temps et l’espace hexagonal (on l’a encore vu récemment, durant la semaine sainte, plus de 20 ans après l’attentat du Rer Saint-Michel), a démontré au cours de ces dernières années combien la société française était écartelée sur le plan religieux. Au niveau social, comme pendant les sondages avant 1995, aucun institut n’a su tirer l’alerte sur les entropies sociales qui marquent la vie publique française, de la crise des banlieues de 2005 à celles violences de 2008 contre la faim et la hausse du prix des denrées de première nécessité qui se sont achevées, au niveau interne, par le mouvement d’humeur noté dans les îles qui ont secoué le cocotier de la République (Guadeloupe, Martinique, principalement).

    Comment expliquer cette soudaine recherche de soi-même par l’ouverture à l’autre, dans un élan de solidarité prolétarienne ?

    Le journal  » La Croix  » a battu tous les records de croissance de la presse quotidienne française en 2008 avec un taux inégalé de +16%, sur une moyenne nationale de près de 8%.

    Jacques Séguéla propose une explication…mystique dans ce pays où la raison est hellène : dans le doute systémique qui caractérise les temps de crise, dit-il (1 : »Direct Soir » n° 517 du 19 mars 2009, page 2), « plus que jamais, il nous faut croire en Dieu ou en nous ». Nous qui, dans une société politique et sociale ouverte jusqu’à l’écartèlement…moral ?

    Orientations bibliographiques

    (1) Cf. « Le nouveau désordre électoral : 21 avril 2002-28 mars 2004″ par A. Meyer (sous la direction de), Presses de Sciences Po, France, et

    Nicolas Tenzer : « Le Tombeau de Machiavel », Flammarion, France, 1997.

  4. Pathé MBODJE dit :

    Khadafi et l’unité africaine

    La nomination de Khadafi à la tête de l’Union africaine ne déride toujours pas les Africains opposés au Gouverment de l’Union. Alors, plus que son empressement suspect, le passé du Guide libyen est-il un frein à l’unité africaine ?

    Terroriste un Jour,
    Terroriste Toujours ?

    Par Pathé MBODJE,

    Journaliste, sociologue

    Après les Etats-Unis, le 11 septembre, l’Afrique a fêté dans la discrétion son 19 septembre, 2009 marquant le 20ème anniversaire de l’attentat du DC 10 de l’Union des Transporteurs aériens (Uta) ; il coûta la vie à 170 passagers et membres d’équipages du vol UT-772 reliant Brazzaville (capitale du Congo) à Paris, via N’Djaména au Tchad le 19 septembre 1989. Il a explosé au-dessus du désert du Ténéré au Niger.

    L’histoire et les Encyclopédies (Wikipédia) retiennent que, parmi les victimes, figuraient 54 Français (dont le père de Guillaume Denoix de Saint Marc et la femme de l’ancien joueur de tennis Éric Deblicker ainsi que Jean-Pierre Hennequin), 48 ressortissants de la République du Congo, 25 Tchadiens (parmi lesquels le Mmnistre du Plan et de la Coopération), 9 Italiens, 7 Américains (parmi lesquels l’épouse de l’Ambassadeur des États-Unis au Tchad), 5 Camerounais, 4 Britanniques, 3 ressortissants de l’actuelle République démocratique du Congo (alors Zaïre), 3 Canadiens, 2 Centre-Africains, 2 Maliens, 2 Suisses, un Algérien, un Belge, un Bolivien, un Grec, un Marocain et, pour ce qui nous touche plus directement, un Sénégalais.
    Ironie de l’Histoire, cette commémoration « oubliée » est survenue deux semaines après la libération d’Abdelbaset Ali Mohamed Al-Megrahi, le Libyen condamné pour l’attentat de Lockerbie (Ecosse) atteint d’un cancer en phase terminale ; l’attentat contre un Boeing 747 de la compagnie américaine « Pan Am », qui a explosé le 21 décembre 1988 au-dessus de Lockerbie, une petite ville écossaise, faisait 270 morts, en majorité américains. Megrahi avait été condamné à la prison à vie avec une peine de sûreté de 27 ans par des juges écossais à l’issue d’un procès qui s’était tenu aux Pays-Bas. Le Libyen de 57 ans avait déposé le mois dernier une demande de libération pour raisons médicales. De son côté, Tripoli avait sollicité en mai son transfèrement dans une prison libyenne en vertu d’un accord signé entre Londres et la Libye.
    Megrahi doit mourir dans trois mois. Toutes ses victimes sont mortes il y a plus de 20 ans, délibérément assassinées par un régime passé maître dans le terrorisme international et qui cherche aujourd’hui à s’absoudre…grâce au pétrole.
    Les relations libyennes avec les Occidentaux ont en effet commencé à se réchauffer en 2003 avec l’annonce de Tripoli de renoncer aux armes de destruction massive et l’acceptation de verser des compensations aux familles des victimes de l’attentat de Lockerbie, en Ecosse. Avec les plus grandes réserves de pétrole prouvées d’Afrique, le Guide libyen n’a aucune difficulté d’aucune sorte à se refaire une nouvelle virginité.
    Ainsi, la nature, la culture, la politique et la diplomatie africaines sont aux ordres de Tripoli dépité de la politique arabe et qui, depuis le sommet de Syrte du 9 septembre 1999 (9.9.99), rêve de parfaire un vieil hobby qu’il n’avait su réaliser au début des années 70 avec l’Egypte, une unité entre Etats, principalement entre les Nations africaines. A Syrte, chez lui, les dirigeants africains sont parvenus le 3 juillet dernier à un compromis pour créer une « Autorité » commune qui « coordonnera » les politiques de défense et les relations internationales, mais sans les pouvoirs étendus souhaités par Mouammar Kadhafi devenu par la force des choses président en exercice de l’Union africaine.
    Ce résultat du 12è sommet de février dernier veut en effet passer pour…pertes et profits le fait que l’Afrique combattante est sortie meurtrie de sa guerre d’indépendance en faisant sauter le bouclier raciste du sud ; c’était une des vocations majeures de l’Organisation de l’Unité africaine (Oua) à ses débuts. Cette même Afrique ayant souffert dans sa chair a résisté au sempiternel chant des sirènes libyennes et sénégalaises en modérant le projet de gouvernement de l’Union du Guide de la Jamahariya arabe et socialiste : le nouveau Négus traditionaliste, le Roi des Rois couronné en terre de Salomon et de la reine de Saba, appuyé par l’éternel Sénégal, a bien insisté sur son hobby d’autant avec toutes les argumentations nécessaires, rien n’y a fait, à Addis Abeba, en ce début du mois de février 2009. L’année nouvelle n’a donc pas plus porté chance à Khadaffi que 1982 lorsque, sous le prétexte d’une intégration de la République arabe sahraouie démocratique, une certaine Afrique rejetait déjà Tripoli et ses responsables qui se cherchaient (déjà) une nouvelle honorabilité.
    Au-delà de l’opposition « totalité-cercles concentriques sous-régionaux », c’est dans les faits la marche à la démocratie qui ne se conçoit pas avec l’homme de Tripoli : en fustigeant le modèle démocratique qui « n’a apporté que le chaos en Afrique, », au contraire d’une « progression du continent noir vers un gouvernement fédéral » qui « apporte une lueur d’espoir », le dirigeant libyen ne faisait le 04 février dernier que renforcer le camp de ceux qui se méfient de ses appétits. Surtout que le Maghreb actuel n’est pas une référence en matière de droits de l’homme : l’intégrisme et l’intolérance religieuse y sévissent partiellement (Egypte, Maroc, Algérie) et la trop forte prégnance de l’Etat sur les individus étouffe les autres (Libye, Tunisie).
    Elu pratiquement faute de mieux pour respecter la règle de l’Union africaine d’une présidence tournante revenue cette année au Maghreb, le nouveau Négus libyen sacré en terre éthiopienne où il se fait désormais appeler « Le Roi des Rois Traditionnels d’Afrique » n’a pas levé l’hypothèque qui pèse sur le gouvernement de l’Union auquel il se consacre principalement depuis le sommet de Syrte du 9 septembre 1999. »Nous n’avons aucune structure politique (en Afrique), nos structures sont sociales », a déclaré Mouammar Kadhafi lors d’une conférence de presse en clôture du sommet de l’UA à Addis-Abeba. « Nos partis, ce sont les partis tribaux, et cela a conduit à des bains de sang. »

    Mais Syrte se place dans le continuum de La Baule, du Mur de Berlin, du Vent d’Est et de leurs conséquences sur la densité morale des populations africaines gagnées pour la volonté d’élargir et d’approfondir les espaces de libertés individuelles et collectives : les bouleversements issus de la fin des années 80 s’opposent au règne du clan et à Kadaffi dans l’esprit d’une Afrique plus à gauche, dans sa partie australe, et qui sert de référentiel à la jeunesse du continent en bute à un lendemain incertain et qui veut se nourrir de sa part de rêves : ertains pays, emmenés par l’Afrique du Sud, ont rejeté ce projet et évoqué une perspective éloignée et irréaliste.
    En outre, comme pour faire bonne mesure et montrer le peu d’emprise et de liberté de certains, les gouvernements africains, dans leur majorité vénielle et vénale, sont sensibles aux pressions de la part des donateurs, qui conditionnent leurs aides à l’avancée des réformes démocratiques et à la tenue d’élections libres, indépendantes et pluripartites.
    Alors, parce que la dignité, la respectabilité et la mémoire de nos martyrs ne se monnaient pas, l’idée est toujours là, généreuse, mais difficile à réaliser pour le moment avec le passé de la Libye qui vient de fêter en grandes pompes les 40 ans du règne de Khadaffi. Donc la route reste toujours longue : qu’on s’en souvienne : le sommet de l’organisation panafricaine, prévu à Tripoli (Libye) en août 1982, s’était révélé un rendez-vous manqué. Pis encore : le problème du Sahara occidental avait réveillé le vieux démon du clivage progressistes contre modérés à propos de l’admission ou non de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) comme membre à part entière de l’OUA. Bien que l’organisation en ait connu bien d’autres, cette crise était la plus grave, les deux clans rejetant toute concession.

    1982 : Le 19ème sommet prévu à Tripoli est reporté à deux reprises, faute de quorum : en août, boycotté par le Maroc et 18 pays africains en raison de la présence de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et en novembre, en raison du problème de la représentation du Tchad.

    Les conflits du Sahara occidental, opposant le Maroc au Front Polisario, et du Tchad, qui susciteront de multiples comités de bons offices et des réunions marathon, ont divisé les Africains et failli faire éclater l’OUA.

    - 12-15 nov 1984 : La RASD siège pour la première fois en tant que membre à part entière. Le Maroc se retire de l’OUA.

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