Des Condie Rice et des Obama en France, c’est possible si….
C’est avec plaisir que j’ai répondu à l’invitation de Patrick Lozès à venir m’exprimer devant le conseil représentatif des associations noires pour son dîner annuel.
D’abord, j’ai un aveu à vous faire : j’ai un peu hésité à venir m’exprimer devant vous pour parler de la diversité. La raison ? D’abord, Cela ne relève pas de ma mission ministérielle. Ensuite, il y a un certain paradoxe à vouloir exercer sa mission en représentant l’ensemble des Français, sans distinction, et venir ici évoquer la lancinante question des origines.
Mais quand même, me suis-je dit. Mais quand même. Qu’il est bon de revenir à la source des combats associatifs au milieu de visages amis dont quelques-uns ont été des compagnons de route. Qu’il est utile de venir se rappeler au bon souvenir de ceux qui luttent encore et toujours pour qu’on soit plus nombreux au sein du Gouvernement, des médias, des entreprises. Car, le combat n’est évidemment pas terminé. Chaque jour, les discriminations, les préjugés continuent de ravager des vies, de miner des confiances, d’instiller le doute dans les cœurs, de casser des espoirs d’élévation sociale. Alors, oui, il faut revenir à la source, pour accompagner le combat de la diversité, par solidarité, par identification, par nécessité. Car, je n’ignore pas que ma présence au Gouvernement est le fruit d’une longue lutte qui a commencé aux premières heures de l’immigration africaine. Ma présence au Gouvernement, je le dois à nos grands-parents qui ont versé leur sang pour la France ; je le dois à nos pères qui ont balayé les trottoirs de France en rasant les murs, avec l’espoir fou que la condition de leurs fils sera meilleure que la leur ; je le dois à nos mères qui continent de nettoyer aux horaires les plus matinaux les bureaux ; je le dois aux organisations anti-racistes qui depuis 30 ans manifestent, crient leur désespoir, disent leurs attentes. C’est la pression de générations entières, un travail collectif immense, douloureux, impatient, qui ont conduit à ce que la diversité soit aujourd’hui au sommet de l’Etat. Cela, mes chers amis, je ne l’ignore pas.
Mais il y a une autre chose que je sais. C’est qu’à ma propre échelle, cela ne fut guère facile. J’ai décidé il y a environ deux ans à m’engager en politique. Pourquoi ? Parce que je suis tombée dedans quand j’étais toute petite. Je suis née à l’étranger, dans ce beau pays de la teranga qu’est le Sénégal. Ma famille m’a appris que je venais d’un continent, certes laminé, mais à l’histoire grandiose. J’ai été nourrie de l’épopée africaine. Je n’ignore rien des Empires du Mali, du Songhai, du Ghana. J’ai aimé Soundjata le perclus avant de m’enticher de Victor Hugo. Arrivée en France par accident à l’âge de 9 ans, j’ai appris à devenir française, à aimer ce pays, à y nouer des amitiés, à m’absorber de son histoire, de ses joies et de ses heurts. Par instinct. Malgré les ressentiments d’adolescence. Esclavage, colonisation, vous n’ignorez rien de ces épisodes qui ont hanté et peut-être hantent encore certaines de nos nuits. Mais il fallait avancer. Parce qu’il était impossible de revenir en arrière. Les études ont été mon salut, mon espoir. La passion mon moteur. Ma mère ma béquille ; celle qui, très tôt m’apprend l’histoire, sa grandeur et ses limites. Celle qui m’ouvre à la politique jusqu’à m’ouvrir les portes de sciences po, du Sénat et de la politique. J’ai voulu faire de la politique pour montrer qu’il n’y a pas de fatalité, ni pour soi, ni pour un peuple. J’ai aimé la politique très tôt parce qu’elle laisse à penser que la volonté humaine peut changer le cours de la vie, voire de l’histoire. Si j’ai pu franchir le pas, c’est aussi grâce à Nicolas Sarkozy.
Et je pense n’avoir pas eu tort. Car, je considère que le meilleur avocat de la diversité est l’actuel Président de la Répblique. Au Gouvernement, un tournant historique a été franchi avec l’ouverture aux minorités. Doublement, car les minorités du Gouvernement ne sont pas cantonnées aux questions d’intégration. A l’UMP, car l’UMP a changé avec dans son état-major, des membres de la diversité. Aux municipales qui viennent, de belles têtes d’affiche s’annoncent comme à Rennes ou à Nanterre.
Alors, bien évidemment, cela peut vous sembler insuffisant. Mais nous maintiendrons le cap.
J’entends les impatiences. Je vois la colère. Mais je veux de l’action. Nous sommes à un tournant. C’est maintenant ou jamais. Des Condie Rice, des Obama, peuvent naître aussi en France. Ces pères qui rasaient les murs dans les années 70, ces mères qui nettoient encore les bureaux parisiens méritent que nous agissions de notre mieux pour leur démontrer qu’ils n’ont pas souffert pour rien. Qu’une génération se lève non pas pour faire une révolution noire, qui n’est jamais venue, mais pour prendre l’ascenseur social, atteindre l’égalité ; seule voie vers la dignité et le respect. Et ce rêve, je le formule pour la France. Car, la France, qu’elle que soit ce qu’on en pense, est notre pays. Sinon, nous serions ailleurs. Et, ce pays, malgré son passé quelquefois douloureux pour les minorités, on peut l’aimer. Aimer la France, c’est révolutionnaire à dire quand on est né ailleurs.
Mes chers amis, je vous remercie.
(Paris, Ouverture du diner annuel du Conseil représentatif des associations noires)








